29.3.11

Replik donne la réplique au PGC

Le monde du graffiti c'est, en plus de la peinture, des rencontres, des discussions, des projets partagés. Nous avons rencontré JONE à plusieurs reprises rue Dénoyez, à Belleville. Il y a quelques mois, il nous a proposé de faire un article dans le journal REPLIK dont il fait partie.

JONE, pix Thias

JONE, pix Thias

JONE, pix Tat
« Réplik est un journal d’expression libre réalisé par une équipe de jeunes bénévoles de 15 à 30 ans. Édité et financé par la mairie de Chelles (77) le contenu éditorial est défini de façon autonome et collective par l'équipe de rédaction constituée d'illustrateurs, rédacteurs, photographes et graphistes. Totalement libre dans le choix des sujets, la publication se fait sans contrainte publicitaire et politique, elle correspond aux attentes et aspirations de l'équipe rédactionnelle. Journal de quartier créé en 1997, Réplik en est aujourd'hui à près de cinquante numéros publiés et diffusés gratuitement. Vous en trouverez essentiellement dans le 77, mais aussi dans certaines facultés parisiennes et très bientôt à la galerie "Frichez Nous la Paix", rue dénoyez dans le 20è.
Le journal est en permanence à la recherche de nouvelles plumes, réunion tous les jeudis à 21h dans un local du centre-ville de Chelles (à côté de la gare, à 15min de gare de l'est).

Dernier numéro de Réplik
"Racontez nous une histoire" nous a-t-on dit. Le PGC s'est alors pris au jeu en se mettant dans la peau de passants qui sillonnent et habitent Belleville : une photographe, un enfant, une dame âgée et un graffeur. Un regard multigénérationel qui observe le décor coloré des mus de Belleville.

***
Depuis que j’ai posé mes premières pierres à Belleville, je n'ai jamais connu la monotonie. J'ai pris des rides, mais les chirurgiens des murs me transforment à coup de bombes en quelques heures. Et me voilà sous les projecteurs... Aujourd’hui, c'est sous le regard d’Emma, la photographe, de Zoran, 5 ans et de Colette, 82 ans, que je suis la muse de Nicolas et de son crew...

Frichez nous la paix, pix Tat

Emma,
40 ans,
passionnée de photographies


Ambiance Rue Dénoyez - Pix Tat

Toujours à la recherche de quartiers atypiques à photographier, là où il y a de la vie dans les rues et de l’art urbain, mes pas m’ont amené jusque Belleville. Je m’en vais boire un verre à la terrasse des Folies, café mythique de l’époque de la Commune. Le boulevard grouille de monde, sur le trottoir on parle toutes les langues. On est loin du Belleville découvert au travers les mots de Pennac et les photos de Ronis, mais on ressent encore une vraie âme dans ce quartier ; les gens se saluent, s’arrêtent pour discuter, on se croirait dans un « village moderne ».À l’angle du café, part une rue pavée, la rue Dénoyez, un festival de couleurs ! Les murs et les devantures sont recouverts de graffitis, de peintures, de collages et messages divers. Il y en a partout, un vrai musée à ciel ouvert ! Même des pots de fleurs décorés, embellissent la rue. Certains habitants ne semblent ne pas y prêter attention, d'autres, au contraire, s'arrêtent et commentent ce qu'ils voient. Il y a aussi ceux qui comme moi, de passage, découvrent cette multitude de couleurs et d'art varié. Un petit groupe est réuni devant la galerie "Frichez-Nous-la-Paix". Bières à la main, clopes au bec et des bombes aérosol aux pieds, il semble que ça va peindre sur les murs.

KANOS, pix Syl
L'Ermitage sous la neige, pix Thias

Zoran,
5 ans,
aime la couleur

DEFCO - Pix Mouarf

Papa m’emmène souvent dans cette rue, j’l’aime bien, elle est belle, y a des couleurs partout, pas comme ma rue à moi, où on habite avec papa, qu’est toute grise et qui sent pas bon.
Ici y a toujours des gens, des rigolos même, et puis c’est des gens très gentils, ils me font des blagues.
L’autre jour, papa m’avait dis qu’il m’emmenait voir de la peinture, et au début je ne voulais pas venir, parcequ’une fois la peinture elle était sur des tableaux dans un musée, et je n’avais pas le droit de parler, et c’était pas marrant. Mais là, il m’a dit, ce n’est pas pareil, on a le droit de rigoler, de parler fort, et les gens ne font pas de la peinture sur des tableaux, leurs tableaux, c’est les murs, et ça ça me plait beaucoup.
Je vois de tout sur ces murs, des dragons, des spiderman, des fleurs, et puis des fois juste des couleurs, des écritures, des p’tits bonhommes, c’est trop bien.
Je vais en parler aux copains, et je vais leur dire que là-bas, à Belleville, c’est trop chouette, et quand je serais plus grand, je voudrais peindre sur les murs.

BOMKS, GERSO, JADE, REVE, KANOS - Pix Tat

MPE, LA MOUCHE - Pix Tat

Colette,
78 ans,
belleviloise nostalgique

ADOR, pix Syl
Belleville c’est toute ma vie. Nous avons changé, évolué, pris des rides ensemble. Mais elle, elle a su renaître sous diverses formes. C’est bien ça la magie de Belleville : un Paris d’antan dans un monde actuel, coloré et multiculturel.
Moi, je suis restée nostalgique. Même si mon Maurice est parti, je continue à suivre notre quotidien. Alors j’erre à la recherche d’éléments qui me donnent l’impression d’être auprès de lui. Et c’est toujours au coin de la rue Dénoyez que je commence ma journée.
Maurice c’était un artiste. Il aimait aller rue Dénoyez voir ce mur coloré. Il pouvait rester là des heures. Moi, je ne comprenais pas. Pour moi ces jeunes dégradaient mon quartier. Il me disait que je jugeais trop vite et que ces jeunes avaient un vrai talent.
Alors pour lui, depuis sa mort, j’y viens tous les jours. Je reste là un moment, j’écoute, je regarde. Au début je passais quelques minutes seulement car ces jeunes avec leurs masques et leur peinture ne m’inspiraient pas confiance. Mais peu à peu je suis restée pour voir ce qu’ils faisaient...et c’est vrai que c’est beau. J’aime surtout les personnages et les traits de couleurs, on dirait de la typographie mais je ne suis pas sûr car je n’arrive pas à lire ce qu’ils écrivent. Alors, un jour je me suis lancée et j’ai posé quelques questions à un de ces artistes. Il m’a dit qu’ils écrivaient « leur blaze », une sorte de surnom, et que parfois ça pouvait être « des flop, de la 2d ou de la 3D ». Ce langage de jeune me dépasse. Je n’arrive toujours pas à lire. Mais, c’est connu les jeunes de nos jours ne s’appliquent pas pour écrire. Ou peut-être c’est à cause de mes nouvelles lunettes double foyer qui ne me permettent pas de voir ce relief dont il m’a parlé.

Regard derrière les feuillages sur KATRE, pix Mouarf


Nicolas,
26 ans,
graffeur


M147 - Pix Mouarf


Belleville zoo station. Dix minutes de retard. Ca reste honnête. Du people à la terrasse des Folies. Ça se dore la pilule en bonnet sous le soleil sec de février. Les gars sont là et m’attendent devant la Friche.
« T’es presque en avance Pierrot ! »
Chek Pisto. Chek Ben. Chek Toitoine. Mon arrivée coupe la causette entre Ben et un minot qui semble intrigué par les sprays sortis des sacs. Le petit me dévisage mi- surpris mi inquiet. « Ici, c’est pas le musée ! » me lance-t-il avant que son père le récupère pour lui moucher le nez. Je souris.
Rouge, gris, marron. Pas d’autres couleurs en stock et pas de quoi en acheter ce mois-ci. Je trace mes quatre lettres sans réfléchir, instinctivement. Pisto branche le père du gosse sur la Forge et l’Ermitage, les autres spots du quartier. Apparemment, le gosse en redemande et ils vont continuer la balade graffiti.

Un attroupement de badauds s’est formé derrière nous et une vieille me fixe avec un regard nostalgique. Avant d’entendre le couplet « J’aime pas les tags, mais c’est beau ce que vous faites », je repars casque aux oreilles sur ma pièce que je finis en deux/deux.

En fin de journée, Sarah m’appelle.
 _ « T’étais où aujourd’hui ? »
_ « A Belleville city zoo »
_ « Mmmh. T’as des couleurs plein la tête alors ? »
Je souris.
 _ « Oui »

NOUR, pix Syl

KEBE, pix Thias

ADOR et JEANSPECIAL, pix Thias



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Textes et Pix by Thias, Syl, Tat, Mouarf
Le blog des trois mur : Dénoyez, la Kommune et l'Ermitage

2 commentaires:

passantepensante a dit…

j'adore les 2 petites histoires de l'enfant et de la veille dame... c'est émouvant

mhaleph a dit…

C'est un mini reportage formidable car tous ces murs supports d'un art très éphémère ne peuvent laisser insensibles.