16.11.09

Exploration de mondes parallèles


Pix Thias

Il y a les anciens hangars, les usines, les friches industrielles, les maisons et autres lieux abandonnés. Ceux-ci attirent, en plus des promoteurs, les graffeurs, les photographes et les paint-balleurs. Il est aussi possible d'y croiser des ouvriers en plein chantier, des gardiens et maitres chiens... et parfois des gens qui s'y refugent pour y vivre.

Pix Chrixcel

Pix Chrixcel

Il faut souvent aller plus loin que nos balades habituelles pour trouver ce genre d'endroits, ces univers et ambiances. Sur place, nous sommes émerveillés de découvrir ces "mondes parallèles" ; la beauté, l'immensité et le silence qui y règnent. Chaque lieu a sa propre atmosphère, son histoire. Absorbés par nos découvertes, nous sommes happés dans un autre monde, avec un autre espace temps. En plus d'apprécier la richesse des lieux, notre grand kiff est de trouver des peintures dans des salles, des hangars, tantôt sombres, tantôt baignés de lumière. Le graff dans cet environnement, c'est une autre dimension...



Pix Tat


Pix Thias


Pix Thias


L'exploration urbaine fait partie du monde du graffiti. Certains graffeurs scrutent, cherchent de nouveaux terrains de jeux où peindre, et mettre de la couleur sur des murs vierges. Il n'est pas rare que l'on retrouve des oeuvres murales d'un même crew dans un spot.

Pix Chrixcel


BE+ (LF) - Pix Thias


TWE - Pix Mapomme


Dans les hangars, les usines, on retrouve le bon vieux parpaing, des immenses portes en fer, du vieux matériel, de vieilles affiches et tout un tas de trucs au sol.
Dans les friches, ce sont des murs en pierres le plus souvent, décrépis, moisis, parfois brulés. Entre le mobilier, l'architecture et les installations, on y repère les traces d'un autre temps, d'une vie passée.

Pix Tat


Pix Tat


Pix Chrixcel


HAIASTAN (TWE) - Pix Mapomme


BOM-K - Pix Thias


DELTA - Pix Tat


DEFCO - Pix Chrixcel


Dans ces lieux les murs sont vierges de peintures, mais plein de matières, de textures. Les graffeurs utilisent les reliefs et couleurs naturelles ; traces du temps et de la Nature qui reprend le dessus. Ils posent leur graff en s'accordant avec l'environnement et marient les couleurs avec le décor existant. Ces créatifs aiment jouer avec le mobilier resté dans les lieux, les machines. Ils s'en servent de support ou d'un p'tit plus dans leur prod.



RUN - Pix Mapomme


LEK - Pix Thias


LEK - Pix Tat


AMOUR & PAPY (TSF) - Pix Tat


COLERICK - Pix Tat


SALOPER & DEFCO - Pix Tat


SEPTIK (GAV) - Pix Thias


? - TOUX - Pix Thias


VAPEUR (AKV) - Pix Thias


SOEZ, ANIS, SNIL, SNEZ, BE+ (LF) -Pix Tat


SNIL & SOEZ (LF) - Pix Tat


APOTRE (1984) - Pix Mapomme

Les peintures et couleurs, les mouvements, les formes et les tracés de ces "peintres en bâtiment" spéciaux, redonnent vie à ces lieux laissés à l'abandon, avant d'être détruits petit à petit, et de partir en fumée....



SEIK (LF) - Pix Tat


6PACK - Pix Tat


Pix Thias



Billet by Tat. Pix Chrixcel, Mapomme, Thias, Tat

9.11.09

Berliner un jour, berliner toujours

9 novembre 1989 - 9 novembre 2009...vingt ans déjà que le MUR de BERLIN est tombé...Et on se sent tous encore un peu berlinois...


Pix Syl

Tandis que les Allemands de l'est ne pouvaient pas approcher le Mur, ceux de l'ouest s'exprimaient sur cette barrière de béton. Le clivage entre le mur brut et celui parsemé de slogans et de graffs devait être impressionnant...Maintenant, on retrouve le mur graffé des deux côtés... Les murs vierges restent aussi impressionnants que ceux arborant des slogans...


Pix Tat

Les graffs sont pour la plupart des revendications politiques et sociales. On retrouve à plusieurs reprises la thématique de la communication pour rappeler que les Berlinois de l'est n'avaient pas la liberté d'exprimer ce qu'ils ressentaient. Ces revendications sont aussi un moyen pour montrer que même un mur de béton ne peut être une limite à la liberté d'expression.


Pix Tat


Pix Syl

Malheureusement le Mur est devenu en vingt ans une source de profit pour certains. Dans un documentaire diffusé récemment sur Arte, un vendeur raconte comment il s'est fait fortune en vendant des fragments du Mur mis sous plexi.

Le Charlie Chekpoint, célèbre point de passage entre le secteur soviétique et le secteur américain est devenu un carrefour touristique hors pair. Maintenant on peut y croiser de faux soldats habillés avec les tenues officielles de l'époque...pour une pièce on peut se faire immortaliser au milieu de deux soldats russe et américain...pour deux pièces on peut avoir un tampon pour officialiser son passage du côté est...une sorte de parc d'attraction morbide qui attire pourtant de nombreuses personnes...qui en arrivent à oublier ce qui se passait sur ces lieux...


Pix Tat


Pix Tat

Les chasseurs de souvenirs désignés comme des "Mauerspreck", sorte de "picwall", se sont arrachés les moindres fragments du Mur. Entre la fin de 1989 et le début de l'année 1990, le Mur est démantelé à raison de cent mètres en moyenne par nuit.

Le marché de l'art s'est alors rapidement intéressé au mur graffé. 250 segments du MUR de BERLIN furent acquis aux enchères pour des montants pouvant atteindre 150 000 DM. La ville de Courbevoie et l'EPAD sont propriétaires d'un morceau, qui fut installé en 1996, dans les sous-sols de la Défense. On retrouve ainsi des bouts de murs un peu partout dans le monde et dans des lieux bien différents les uns des autres. On peut ainsi retrouver certains morceaux devant les bâtiment de la CIA, du Parlement Européen, dans le Centre du Commerce mondial de Montréal ou encore dans le sanctuaire de la ville de Fatima au Portugal...De la CIA, au Parlement Europeén, du Centre de Commerce à un site religieux...le mur est partout, mais on arrive à se demander s'il garde pour certain sa valeur symbolique ou s'il s'agit juste d'un trophée, d'un simple objet décoratif....D'autres ont tenté de le recycler en œuvre d'art : un collectionneur polonais a acquis 42 tronçons qu'il utilise pour créer des installations, un autre sillonne les routes avec ses 4 pans sur une remorque, proposant aux gens qui passent de peindre dessus. Certains sont encore allés plus loin...Un entrepreneur s'est approprié des morceaux de mur, qu'il a concassé pour le transformer en ciment et construire des routes...

On retrouve de nombreux morceaux du Mur graffé dans Berlin. Sur la Potzdamer Platz, des vestiges du Mur ont été laissés à l'emplacement même où ce dernier passait. Cette place a une forte valeur symbolique. C'est ici que le premier morceau du Mur fut démonté officiellement par les allemands de l'est afin d'ouvrir un point de passage. A Teltow, au sud de la capitale, se trouve aussi un cimetière du "Mauer" où les pans de murs sont déposés tel un labyrinthe...

L'EAST SIDE GALLERY a fait d'un morceau de mur de 1,3 km de long une des plus grandes galeries à ciel ouvert. Au moment de l'écroulement de la RDA, 118 artistes originaires de 21 pays ont peint une gigantesque fresque, du côté est, qui est, depuis 1991, considérée comme un monument historique. Les peintures réalisées avaient pour thème la division de Berlin et son unité retrouvée. La plupart de ces peintures ont un caractère politique, poétique, ironique ou idéaliste.

On retrouve ainsi, un Guernica made in Deutschland, qui devient Buerlinica...


Pix Syl

Le Ché qui fait la promo de son Tshirt à son effigie...


Pix Tat

Le baiser entre Léonid Brejnev et Erich Honecker


Pix Tat

Une colombe libératrice


Pix Tat


Pix Tat

Certaines parties du mur subissent le passage du temps... l'érosion fissure les murs... mais symboliquement il renvoie à la démolition du Mauer... comme si la nature avec le temps avait fait tomber par lui même cette barrière....


Pix Tat


Pix Tat

De nombreux graffeurs, venus des quatre coins du monde, ont laissé la trace de leur passage...On retrouve ainsi l'Atlas...


L'atlas (Pix Tat)

Ou encore l'artiste catalan, El Pez...


El Pez (Pix Syl)

Le mur prend vie et devient une personne...


Pix Syl

Certes un curriculum assez marqué par le temps..mais le mur de la EAST SIDE GALLERY a pris un coup de jeune. L'Association des artistes de la EAST SIDE GALLERY, dirigée par Kani Alavi, a proposé un projet de rénovation en octobre 2008. Pendant des années, il a tenté d'obtenir des subventions de la ville et des autorités régionales et fédérales. Sa demande s'élevait à 2,5 millions d'euros...
Parmi ceux qui avaient peint le Mur à l'origine, seuls cinq ont refusé de participer à la rénovation. Les productions d'artistes décédés ont été restaurées par d'autres artistes. Les artistes ont été logés et nourris mais ont selon certaines sources travaillé gratuitement...

Avant....


Pix Syl
Après...


Pix Lady A

Restaurer permet de ne pas oublier...Ces oeuvres avait toutes une portée symbolique. Le "Test the best" de Birgit Kinder, relate l'histoire du "coin des suicidés". Au carrefour de la Bernauer Strasse et de la Gartenstrasse, des automobilistes, avec leur mythique Trabant, se précipitaient à toute vitesse contre le Mur qui bloquait les rues à angle droit.

Avant...


by Kani Alavi (Pix Tat)
Après...


By Kani Alavi (Pix Lady A)

Une autre prod restaurée...



Pix Lady A

Le mur de la EAST SIDE GALLERY est graffé des deux côtés...Celui vers l'extérieur reste le plus connu..mais les curieux auront surement regardé derrière et auront découvert des productions plus encrées dans le graff...


By TEMPOSKIZ (pix Lady A)


Pix Lady A


Pix Tat


Pix Tat


Pix Tat


Pix Tat

Pix Tat
Une vue depuis la Spree...


Pix Tat

L'association de la EAST SIDE GALERY envisage aussi de faire entrer la galerie dans la conscience publique pour qu'elle soit perçue comme un lieu de rencontre, afin de promouvoir l'échange et le dialogue dans la ville de Berlin. La galerie n'est pas un espace mort mais un lieu en perpétuelle activité.

Pour conclure ce billet, un message fort "You can see infinity !"...pour nous rappeler qu'aucun Mur et aucune barrière ne doit nous priver de notre imagination, de notre liberté d'expression...

Pix Lady A

Billet by Syl, Pix Tat, Lady A et Syl.
Un grand merci à Lady A
de nous avoir contacté
et de nous avoir fait partager
ses photos du Mur.

2.11.09

LE PLUS « HIPPIE PIP HIP POP » DES GRAFFEURS : « AMOUR », L’ INTERVIEW

C’est Seize Happywallmaker qui a mis le PGC en contact avec Sylvain, qui pose le mot Amour sous forme de graffiti. Ca fait un petit moment que nous cumulons des images de ses peintures murales haut-en-couleur, et nous avions envie d’en savoir un peu plus sur ce graffeur issu directement de la culture hip-hop du milieu des années 80. Nous nous sommes donc rendus chez Sylvain à son invitation pour une interview au pied levé, l’occasion pour lui et nous de vous présenter également son travail sur toile.

Ivry - Pix x 2 Tat
D’où vient ton « blaze » ?

J’ai eu deux blazes au départ que j’ai pas gardés longtemps : ZO Nasty, le fameux double Z de Bando, et puis aussi j’ai posé Ken. Début 86 j’ai vraiment cogité pour me trouver un blaze qui me corresponde et j’ai trouvé DARK.


Ivry - pix Chrixcel

Pourquoi DARK ?

Pour 3 raisons : d’abord parce que je suis black et plutôt foncé pour un Antillais. La 2ème raison c’est que je m’habillais toujours en noir à cette époque, et la 3ème parce je suis attiré par tout ce qui est ésotérique, mystique, et mystérieux, en quelque sorte le côté « obscur de la force ». J’ai posé DARK pendant près d’une dizaine d’années, sous forme de lettrages, mais pas seulement, je peignais aussi beaucoup de robots, des persos, etc. Malheureusement, je n’ai gardé aucune trace de ces prods-là. J’avais une trentaine de press-books en tout, mais j’ai tout balancé, j’avais besoin de passer à autre chose, de me recentrer sur moi-même spirituellement parlant.


Ivry - pix Chrixcel
Ivry- Détail Chrixcel

Ivry - Montage Thias

De quand datent tes premiers graffs, où et pourquoi ?

Depuis ma plus tendre enfance je dessine et le graff je l’ai découvert vers 85 via l’émission télé « Hip Hop ». Là j’ai eu une révélation ! J’ai tout de suite eu envie de peindre sur les murs. Pour moi c’est un kif, je réfléchis pas vraiment au fait de savoir si ça dérange ou pas. Si je peux échanger avec les gens qui me voient peindre dans la rue tant mieux, par exemple un jour on m’a proposé d’encadrer des jeunes et d’animer des ateliers graffs pour transmettre mon savoir-faire à la nouvelle génération et j’ai trouvé ça super. La première fois c’était en 92 et je suis tombé sur des jeunes vraiment fabuleux. Quand j’ai vu ce que certains étaient capables de faire ça m’a motivé pour continuer, et puis ça a tellement évolué au niveau des techniques, des bombes et des styles ! Esthétiquement surtout, je trouve que c’est plus joli, les volumes, la 3D, pour moi c’est une suite logique, il y a une continuité par rapport à ce qui se faisait avant, et même si on trouvait que c’était beau à l’époque, aujourd’hui je trouve que c’est encore plus travaillé, plus « propre » et surtout j'insiste, plus beau.
Palaiseau - Détail Chrixcel

Comment les gens de ton entourage ont interprété le fait que tu passes de DARK à AMOUR ? C’est plutôt radical comme changement !

Il y en a beaucoup qui n’ont pas compris ! Je pose le mot Amour depuis 6 ou 7 ans maintenant (ça date de 2003-2004). Mes préoccupations sont très tournées vers les questions d’ordre spirituel. Les spiritualistes parlent d’un « grand soleil central » qui est Amour, ça correspond tout à fait mon état d’esprit en général. Mais aussi, j’ai eu le déclic en voyant le fameux tag « Amour» posé au posca blanc dans Paris [NDLR : tag de Jean-Luc DUEZ]. Je me suis dit tiens ça démonte ça, lui il l’écrit, moi je vais le faire en graff, et ça s’est fait tout naturellement. Cela dit c’est pas mon blaze du tout, on pourrait le croire mais ça n’en est pas un, en fait j’ai plus de blaze, je pose simplement le mot Amour, c’est pour moi une façon de prêcher sur les murs en quelque sorte…au lieu de faire la guerre, de s’entretuer, faisons l’amour tout simplement ! (rires)

Palaiseau - détail Chrixcel - montage Thias

C’est une sorte de graff spirituel très « peace & love » en fait ?

Voilà, mais je suis pas le seul dans ce cas là. Il y a un anglais qui pose Lovepusher, depuis qu’il a eu une sorte de révélation mystique.

Palaiseau - pix Chrixcel

T’es un enfant de Paris, t’as toujours peint sur la capitale et sa banlieue ?

Ouais je suis né à Paris, mais j’ai vécu 32 ans à Garges et j’ai longtemps peint dans cette ville. Mais sinon j’ai posé à Brétigny, Palaiseau, Bagnolet, Pantin, St-Denis, Charenton… je peins surtout à Ivry maintenant.


Palaiseau - pix Chrixcel

On a souvent l’impression qu’il y a un clivage entre la « old school » dont tu es issu et la scène graffiti actuelle, alors que toi tu sembles au contraire vouloir t’y faire des connexions ?

Mais carrément. Par exemple, quand j’ai rencontré Nawie, il avait 24 ans et j’en avais 38. En me voyant peindre à Bagnolet, il m’a dit qu’il aimait ce que je faisais, on s’est dit que ce serait bi en de se faire une peinture ensemble et puis le hasard nous a permis de nous recroiser sur un terrain, on a alors décidé de peindre en binôme, ce qu’on a fait pendant presqu’un an. Avant il avait plutôt le style d’Horphé mais il s’est mis à travailler les volumes et les dégradés pour faire les lettrages que vous connaissez maintenant, qui sont fabulissimes.

Clic + (pix NAWIE, montage Cxl)

[NDLR : Nawie m’a confié que « Tonton Dark » est son maître et que c’est grâce à lui qu’il arrive au niveau où il est maintenant…en tout cas on reste dans le registre de la Guerre des Etoiles avec ces deux-là ! Je profite de cet aparté pour le remercier de m’avoir envoyé des photos aussi vite de prods faites ensemble, qui montrent bien l’évolution du jeune paddawan. En exclu, il m’a également envoyé de superbes photos des peintures de son Maître à graffer jamais vues sur le net !].

Pix x 2 - NAWIE
Palaiseau - Montage Thias

Cet été, les deux « écoles » organisaient deux manifestations graff au même moment : Cergy 100 contests (avec un mix de la jeune scène + old school) et les Chiens de la Casse à Saint-Denis (plus axé old school) – trouves-tu que les mentalités ont évolué au sein des deux « écoles » ?

Si on avait évolué dans le bon sens du terme, on serait tous en mode connexion, on calculerait même pas les générations…on ferait des choses extraordinaires ensemble, ça serait surpatate ! Mais ça dépend vraiment des personnalités…en fait il y en a qui rejettent le style à l’ancienne parce qu’ils se réclament pas du tout de la culture hip hop, mais d’autres au contraire le revendiquent, veulent imiter les anciens avec les caps, les jeux de lumière et les couleurs qu’il y avait à l’époque…enfin bref, moi je suis plutôt open et j’ai rien contre le fait de peindre avec tel ou tel graffeur, quel que soit son âge ou son style.


Saint-Denis (Chiens de la Casse) & Ivry (2 pix Chrixcel)

Il faut aller sur les terrains pour les rencontrer…

Ba oui mais moi je suis un matinal, je travaille à la fraîche et eux ils s’y mettent au minimum à partir de 14h ! (rires).

Ivry - pix Tat

Palaiseau - pix Thias

SERIE FEATURING NAWIE (pix du même)


AU PARC DES CORMAILLES A IVRY

Quel est ton mur idéal ?

La parpinade, le parpaing quoi, de préférence apprêté. Ça absorbe mais pas trop, c’est de la crème anglaise (rires) ; c’est la texture que je préfère avec le crépi. Par exemple je kiffe ce mur de Cormailles que peu de graffeurs aiment peindre.

La parpinade de Pantin - pix Tat
Toujours avec NAWIE - Pix Chrixcel

Avec NAWIE - Montage Thias

Pix Chrixcel
Pix Tat

A part la spiritualité qu’est-ce qui t’inspire dans le graff ?

J’aime tout sauf les styles de lettres un peu déstructurées comme ce que peint SEB, mais ce qui m’influence par-dessous tout c’est ce qui se fait dans la jeune génération. Après dans les artistes classiques, je dirais Michel-Ange, De Vinci, Rembrandt, et aussi Dali.

Montage Thias, 2 pix Chrixcel
L'AMOUR dans un hamac (pix Chrixcel, Thias et Tat)
En action - pix Tat

LES TOILES
(toutes à vendre sauf signalées)
70x50 - pix Chrixcel (vendue)

Tu fais des toiles depuis longtemps ?

Depuis que je fais du graffiti je fais des toiles mais j’en fais pas excessivement, et puis avant je faisais des personnages, des lettrages, maintenant j’ai simplifié pour des effets de couleurs…je ferais bien des toiles grand format mais pour ça il me faudrait un atelier, d’ailleurs je suis à la recherche d’un local en ce moment. Du coup je fais tout chez moi pour l’instant mais avec l’aérosol c’est pas l’idéal. Comme je travaille pas à côté la peinture est mon activité principale et j’aimerais bien vendre des toiles pour vivre de mon art et surtout gagner de quoi me permettre de racheter des bombes, du matériel, améliorer mes conditions de travail qui sont restreintes dues au manque de moyens…pour vivre j’ai parfois fait un peu de déco intérieure mais je supporte plus le masque, et la customisation de fringues ça payait pas.
50x50 - pix Chrixcel

Amour cherche bombes…ça pourrait être un bon titre de petite annonce, ça…

Moi j’appelle ça des bonbonnes (rires).

D'ailleurs, quel est ton budget bombes ?

Je sais pas trop, je dirais à la louche environ 200€ par mois ça dépend...en fait je peux pas résister, quand j'ai envie de peindre c'est plus fort que moi il faut que j'en achète...du coup je vais au max de mon découvert autorisé, c'est-à-dire -400 € !

50 x 50 - pix Chrixcel

Tu as déjà eu des déboires avec la police ?

Oui, même si je peins maintenant des murs où c’est plus ou moins légal, j’ai fait mon fou-fou aussi il y a quelques années…Le jour où j’ai été pris c’est mal tombé, j’étais parti pour peindre à côté du cimetière de Garges où ma sœur est enterrée. Y avait un gros bloc électrogène où je voulais faire un RIP en l’hommage de ma frangine, décédée en 88. J’y suis allé en pleine journée et je me suis fait balancer par les voisins. J’avais à peine commencé que je me suis fait attraper, mais j’avais pas demandé l’autorisation donc j’assume, même si je leur ai expliqué que je le faisais en mémoire de ma soeur, la loi c’est la loi et c’est normal, tout le monde doit raconter des tas d’histoires donc ils s’en tamponnent…j’ai eu 1000 francs d’amende et je suis passé au tribunal.

50x50 - pix Chrixcel

Histoire symbolique qui montre que les autorités ne font pas dans le sentimentalisme. Si ça s’était passé aujourd’hui ils t’auraient demandé de payer 3200 euros…

Pfiou heureusement que je me suis calmé !!! (rires) Enfin c’est la vie…et la vie on peut la changer du jour au lendemain j’en suis convaincu…on est tellement à la merci d’une poignée d’individus qui nous gouvernent, chloroformés par la télé et les media…
60x60x60 - pix Chrixcel

Oui et justement le graffiti c’est un acte de dépassement, de subversion, mais qui a tendance à être repris dans les musées et la pub en ce moment…qu’en penses-tu ?

Ca ne m’étonne pas du tout que le grand public et les media se « réapproprient » le graffiti, dès mes débuts j’étais convaincu qu’il finirait par être reconnu. C’était fatal, quand quelque chose de nouveau apparaît, au début ça surprend, ça se propage et puis ça finit par rentrer dans les mœurs.


50 x 50 - pix Thias

Est-ce que tu trouves que le graffiti est plus accepté qu’il y a 20 ans ?

Moi j’ai l’impression que ça a beaucoup changé ; quand je vais peindre à Ivry par exemple et que je discute avec les passants, ils trouvent ça joli, alors qu’il y a des années de ça j’entendais pas ce discours là de la part des gens…ils me regardaient faire mes esquisses et me disaient « mais qu’est-ce que vous faites vous êtes en train de salir le mur !» et je leur disais repassez en fin de journée et vous verrez…et au final ils trouvaient ça bien. Il y en a qui me disaient « je comprends pas ce que vous avez écrit mais c’est beau »…Le cliché comme quoi le graff, le tag c’est vandale et pas esthétique commence à s’atténuer.

50x50 - pix Thias

A part l’envie de diffuser et de vendre tes toiles, tu as d’autres projets ?

J’avais des projets avec une asso qui s’appelle Monolithe et qui regroupe tous les arts (la photo, le cinéma, la danse, la comédie, le multimedia, peinture, sculpture, tout…) Le concept de cette asso c’était de faire vivre tous ses membres de leur art mais c’est tombé à l’eau pour moi, ils n’ont jamais donné de nouvelles et je ne sais pas si elle existe toujours.
***
DEDICACE : A tout l’Univers !

150x 150 - pix Thias (pas à vendre)

°°°°°°°°°°°°°°°°
Pour ma part je fais une spéciale dédicace à NAWIE qui m'a permise d'agrémenter ce billet de magnifiques photos. Merci à Seize pour la mise en contact et à Sylvain également pour sa bonne humeur et sa disponibilité.

Je lui souhaite bonne chance dans ses recherches d’atelier et la vente de ses toiles. Même si le propos du PGC dans sa globalité n’est pas forcément de jouer les intermédiaires entre les artistes et les professionnels de l’art, j’espère pour ma part que la diffusion de leur travail via le blog contribuera à les aider. Lecteurs, amateurs d’art, mécènes, galeristes, travailleurs des collectivités locales ou autres qui passez par là, à bon entendeur…Au passage, le PGC a créé un pool "Amour" sur Flickr, nous invitons les tograffs à y glisser leur photos de ses peintures.


Interview et photos Thias, Tat et Chrixcel, bonus pix NAWIE
Mise en forme et retranscription Chrixcel

26.10.09

SEPTIK dévoile la bestiole (interview)

SEPTIK, le tic du 7, le chic du tracé direct, l'amour du vierge ! Voilà un jeune graffeur pas comme les autres, qui faufile sa bestiole de bâtiments isolés en murs désaffectés, sans bruit, à 7 pièces la journée... Quand il s'épanche, c'est avec tendresse qu'il fait vivre les 7 familles de son Uber enraciné au pot. Quand il se veut plus explicite, c'est sans scepticisme qu'il se dit Libre.
Un dandy normand au pays du graffiti qui, avec quelques mots et beaucoup de peintures, dévoile un peu la bestiole...


(pix Thias)

Depuis quand graff-tu ?
J’ai commencé il y a 3 ans.

Comment es-tu venu au graff ?
Par deux rencontres que j'ai faites pratiquement en même temps. L’un travaillait avec moi (POLKA), et au fil des discussions on en est venus à parler graffiti. Il me dit qu’il peint, moi je me dis "C’est l’occaz’ de commencer". On s'est calé une date, je choisi SEPT comme nom de scène et, impatient, j’en parle à tout le monde... Et là biiiiiime, je rencontre un autre graffeur (KEAZ) qui s'est joint à nous. On s'est retrouvés sous un pont près de chez moi et j'ai fait mon plus beau lettrage, du grand Mendés ! Pas de photo à la clé, trop dangereux pour les yeux.
Après, tout s’est enchaîné...

SEPTIK's watching TV

(pix Thias)

Qu'est-ce qui te plaît dans la pratique du graffiti ?
Le partage, les mauvaises blagues de mes potes, les branlettes tous ensemble devant nos peintures le soir à la maison, la poussière des terrains vagues, les vigiles, les doigts pleins de peinture...

SEPTIK stairs

(pix Chrixcel)

Couloir de la mort par SEPTIK et ZIRU

(pix Chrixcel)


(pix Chrixcel)


(pix Tat)

Quels sont tes coins de graff au départ ?
Essentiellement Rouen, et diverses villes près de chez moi dans la pampa.

D'où vient ton blaze, ou plutôt tes blazes monsieur multiblazes ?
Alors SEPT parce que je suis né le 7 mai, après c’est devenu SEPTIK pour Internet et c’est resté. UBER juste parce que j’adore que les noms de scène soient des prénoms. Et LIBRE, tout est dit.

Uber family (1)

(pix Chrixcel)

Libre on a dit (1)

(pix Tat)

Tu poses pour quel crew ?
GAV, LBE.

Parle-nous un peu de ces crews : qui en fait partie ? est-ce que vous peignez souvent ensemble ? etc.
Dans les GAV, il y a SIRO, REDA, NIKOZEN et SWAR. On peint assez souvent ensemble, plus trop avec NIKOZEN (dommage), mais c’est plus un crew d’amis qui aiment déconner, passer du bon temps et se faire plaisir devant un mur. Quand les GAV vont peindre, c’est en tongs ! On a vraiment tous un style complètement différent mais, dans l’ensemble, ça va, on arrive à se mélanger... La communication, c’est ce qui fait qu’avec un style différent tu arrives à plein de choses.
Les LBE, il y a DUBWISE, ALI LA POINTE, GREHOM, SISKA et AYLO. Ce crew est assez marrant car il y a des graffeurs, des colleurs de sticks, des photograffs acharnés, bref un beau mélange !

SIRO et SEPTIK (GAV)

(pix Thias)

ISE, NIKOZEN, SEPTIK

(pix Thias)

ZIRU, SEPTIK

(pix Thias)

DJA'LOUZ, SEPTIK

(pix Thias)

Tu préfères peindre en solo ou à plusieurs ?
Je m’éclate plus à plusieurs. Chez nous, quand on peint ensemble, d’autres amis arrivent, des gens qui n’ont rien à voir avec la peinture, et au final on est tous ensemble. Mais j’avoue qu’une petite peinture tout seul de temps en temps ne me fait pas de mal.

SEPTIK, ZIRU, DJA'LOUZ

(pix Chrixcel)

SEPTIK, DJA'LOUZ

(pix Thias)

SEPTIK, ZIRU

(pix Chrixcel)

Comment qualifierais-tu ton style de graff ?
Que ce soit toile, mur ou autres supports, c’est suivant mon humeur. Ou l’humeur de mes potes. Si je vois qu’ils sont motivés, j’envoie ! Sinon, j’arrive à faire le caméléon. Après, j’ai quand même quelques bases bien à moi... Mon lettrage SEPT est une espèce de bestiole qui s’implante partout où elle trouve sa place. Et là, pas de souci, elle se fraye toujours un chemin.
Sinon j'ai un style plus logo/graphique/typo ordi avec mes UBER ou LIBRE. Je fais du lisible, du fat contours, des rayures, du funky, c’est tellement bon... Pour mes persos, j'essaie toujours qu’ils aient la peau verte ou bleue ou peu importe, mais jamais de couleur peau car ça m’ennuie... Mon style c’est "fais ce qu’il te plait et ne te cantonne pas un style. Vas-y, fonce l’affreux !" C'est ce que je me dis à chaque fois que je vais peindre.

La bestiole par SEPTIK

(pix Tat)

Uber family (2)

(pix Thias)

Libre on a dit (2)

(pix Thias)

Comment évolue ton style depuis trois ans ?
Il évolue grâce aux outils qu’il y a autour de moi. Sur mes pièces, j’essaie de mettre du pinceau, de l’aérosol, de la coulure, du papier peint, du journal... tout ce qui se trouve autour de moi. J’aimerais évoluer dans ce sens là. J’aimerais qu’un jour mes peintures soient des milliers de choses réunies sur un même mur rempli de matières.

Rouleau et beubs (1)

(pix Thias)

Une mini bestiole

(pix Thias)

Rouleau et beubs (2)

(pix Tat)

Quelles sont tes sources d'inspiration ?
Côté lettrage, la première fois où je suis rentré dans un terrain et que j'ai découvert les tracés directs de SETER et MERLYN, je me suis dit "c’est vers ça que je veux aller".
Plus tard, j'ai découvert le travail de SWEK et ERATE et ça m'a mis pas mal de claques niveau formes et couleurs. Des graffeurs comme DELYLOBSTER, DARKELIXIR ou MADKOW me font bien mal aux yeux aussi. J’accroche également sur des styles comme ERONE, IEMZA ou GILBERT1. Mais ma principale source d’inspiration reste mes potes, surtout SIRO qui a un univers bien à lui.

Série montage

ZIRU, SEPTIK, DJA'LOUZ

(pix Thias)

DJA'LOUZ, SEPTIK

(pix Thias)

DJA'LOUZ, SEPTIK

(pix Thias)

Comment choisis-tu tes spots ?
Je ne choisis pas. Bizarrement, je tombe dessus. Je vais avoir des périodes où je vais m'intéresser à un endroit plus qu'à un autre et puis voilà. En revanche, quand j’ai un spot vierge sous la main... Là, il vaut mieux que je me freine sinon je peux y retourner trois fois la semaine sans souci, jusqu'à avoir réalisé toute mes idées. Il a y des spots où je suis allé pendant des mois avant de me lasser, mais en général, tant qu’il y a du mur vierge, je reste.


(pix Thias)


(pix Chrixcel)

As-tu déjà eu des ennuis avec la police ? Est-ce que tu aimerais que le graff soit plus toléré ?
La police ne m’a interpellé qu'une fois. Il était 10 heure du mat’, j’allais rentrer dans un terrain vierge... Gendarmerie et tout le tralala, mais ça va, sans souci.
Je ne sais pas réellement ce que j’aimerais, s'il faudrait que le graff soit légal ou non. Mais en tout cas, si les mairies mettaient plus de murs à dispo, ce serait pas mal. Quand je serai vieux, je ne pourrai plus escalader des murs pour aller en peindre d’autres, ils y ont pensé à ça !


(pix Thias)


(pix Thias)

Quels sont tes rapports au monde du graffiti ?
Pas terrible... Je ne suis pas trop rassemblement et tout ces trucs là. A chaque fois qu’on parle de graff à côté de moi, entre les blazes et les crews, je suis vite dépassé. J’ai du mal à m’intéresser réellement au milieu. Je suis plutôt concentré sur la peinture que je vais faire le lendemain. Je ne dis pas que je veux rester seul, mais le graffiti pour se faire voir... très peu pour moi. J’aime mettre mes photos pour faire voir à mes potes ce que j’ai fait dans la semaine, mais ça s’arrête là. Ma maman regarde aussi beaucoup ce que je fais... alors je poste et je suis très fier qu’elle aime. C’est important. Ca donne la niak pour continuer.

Uber solo

(pix Thias)

Qu'est-ce que tu penses de la scène graffiti en France ?
Je trouve qu’on a de très bon graffeurs, qu'il y a de très belles choses visuelles. Mais j’accroche aussi sur le travail des XL ou même des HK qui ne sont pas en France.

Détail DJA'LOUZ, SEPTIK

(pix Thias)

En dehors du graffiti, est-ce que le dessin/graphisme/peinture occupent une part importante dans ta vie ?
Le graphisme pas trop, pour ne pas dire pas du tout. Le dessin, je suis feignant... Mais la peinture, oui. J’en ai fait mon métier, que ce soit à l’aérosol ou au pinceau. J’ai une formation de peintre décorateur, une vraie révélation. Imiter du bois ou du marbre juste avec un pinceau, c’est quelque chose de magique ! Un jour, j’aimerais allier le graffiti à la déco.


(pix Thias)


(pix Thias)

Quel est ton budget graff chaque mois ?
Je n'ai pas vraiment de budget par mois parce que j'ai acquis beaucoup de bombes d'un coup. Donc j'essaie surtout d'épuiser les stocks. Mais si ma chérie ne me retenait pas, j'y passerais mon salaire et j'achèterais de la peinture tout le temps, que ce soit des bombes, de l'acrylique, des pinceaux, tout !

Et comment tu stockes ça ?
Je loue un garage depuis 3 ou 4 mois ! Ca ne devenait plus possible chez moi. J'ai un mur de bombes, 3 grands sacs pleins de pochoirs, 25 pots de peinture et j'y entrepose mes tableaux aussi...

On te demandera pas l'adresse ?
Non (rire). C'est mon petit lieu à moi.

Dark side of SEPTIK

(pix Chrixcel)

Sur quels projets artistiques es-tu en ce moment ?
En parallèle de mon boulot, je bosse actuellement sur quelques tableaux pour une future exposition avec Chrixcel [NDLR : du PGC]. Peut-être une création de livre, mais pas pour tout de suite. J’y pense, je mets de côté des photos, je me renseigne et on voit ce que ça donne...


(pix Thias)


(pix Thias)

Décris-nous ton mur idéal ?
Noir avec deux ou trois portes usées et de couleurs différentes... J'adore les portes. Et plein de choses au sol pour la photo.


(pix Thias)


(pix Thias)

Dédicaces
La première pour ma maman MERCI
Ensuite SIRO.SWAR.ZEN.REDA.MADKOW.SETER.POLKA.
LES B80 TOUTE L’EQUIPE
KEYLER.MILO.RESH.ALILAPOINTE.DEUXD.
AYLO.DUBWISE.SISKA.DJALOUZ.TAT.MINICHRIX.THIAS.
NAT*DIA.PHILEO.LORSK.ZIRU.BEBOUL.
CARIOKA.
A TOUS CEUX QUE J'AI OUBLIES …
UN GRAND MERCI A TOUS
ET UNE SPECIALE DEDICACE A TOUTES LES MAMANS DU MONDE
MERCI


(pix Thias)


(pix Tat)


Avec DJA'LOUZ (pix Thias)


(pix Thias)


(pix Tat)


Avec ZIRU (pix Tat)


Avec DJA'LOUZ (pix Thias)


(pix Thias)


(pix Chrixcel)


(pix Thias)


(pix Thias)


Avec DJA'LOUZ (pix Thias)


Uber in love (pix Chrixcel)


(pix Thias)


(pix Thias)


SEPTIK vs SEPTIK (pix Thias)

Propos recueillis par Thias
Pix by Chrixcel, Tat et Thias
Le Fotolog, le Flickr et le blog déco de SEPTIK

21.10.09

A ver lo que rayan por Barna...Voyons ce qu'ils graffent à Barcelone...

A chaque nouveau séjour à Barcelone, une virée graff se fait rapidement ressentir...Le syndrome s'est déclenché cette fois-ci à deux pas de la plage de la Barceloneta... La cause : un poste électrique graffé...rien de très alarmant mais pourtant...


FIS (pix Syl)

Ce poste électrique n'était pas le seul à avoir été graffé par FIS. L'artiste à laissé des traces tout autour du quartier de la Barceloneta. FIS n'agit pas seul...Il est accompagné de PAT qui s'occupe toujours de l'autre face du poste...Une sorte de connection entre ces deux artistes qui ont certes une approche similaire mais un style assez disctinctif l'un de l'autre. PAT a une touche plus arrondie tandis que FIS s'attache à des formes plus anguleuses.


PAT (pix Syl)

FIS (pix Syl)

Un antidote (non souhaité je précise) aurait pu stopper la frénésie...La boîte au pouvoir immortalisant qui s'est greffée à mes doigts se retrouve sans batterie...Heureusement, mon oeil droit, Maya, était présent pour prendre la relève et shooter les moindres recoins. La chasse aux "PAT & FIS" pouvait ainsi continuer...


PAT (Pix Maya)


PAT (pix Maya)

Sur notre parcours, d'autres indices nous ont été donnés, non pas sur l'identité de ce duo, dont je n'ai malheureusment rien trouvé, mais sur deux sites à voir dans un quartier voisin, le Poble Sec : le jardin Walter Benjamin et les Trois cheminées. Deux spots, en pleine ville, possédant des murs libres de graff. Avant de présenter l'emplacement de ces lieux, et pour ne pas rompre la magie de se perdre dans les ruelles de la ville, voici le parcours de piétons qui se sont laissés guider par ce que leur a offert la ville...

Après les postes électriques, ce sont les rideaux de fer des magasins...


Pix Maya


Pix Maya (montage Syl)

Puis, les portes...

Même si on sait que la batterie est à plat...on tente toujours de shooter une de plus (Pix Syl)


HOPE LOUIE ..bien pire qu'une branche....Pix Maya

Pix Maya


Pix Maya


Pix Maya


Pix Maya


El PEZ (pix Maya)

Dédicace à mon oeil droit (pix Maya)

Le graff et son ombre (pix Maya)


1980 (pix Maya)


TZAR, MAS AMOR...(Pix Maya) - Libre et prisonnier//mort et vie...
Un beau contraste entre le béton sur les côtés extérieurs du grillage à trois cadnas et la couleur,les dessins, les mots et les herbes folles à l'intérieur.

Parfois, il faut juste lever le yeux...


VILIOE (pix Maya)


Pix Maya

Pix Maya

Fin de la ballade..

Le jardin Walter Benjamin :

Situé dans le quartier de Poble Sec, passage Josep Carrer, se trouve un jardin avec un mur libre de graff qui s'étend sur plusieurs mètres. Et là surprise...FIS et PAT débutent la fresque...


Fis (pix Maya)


Pat (pix Maya)

A la suite, une autre prod tout aussi colorée de JWOA



JWOA (pix Maya)

D'autres persos...


TEK 13 (pix Maya)


"Wash your brain from brain washing" (Pix Maya)

El PEZ (pix Maya)


Crew de grenouilles (pix Maya)


STOK (pix Maya)

Koa2 (pix Maya)


RANGS (pix Maya)

DRAT (pix Maya)

Et pour finir cette fresque, une nouvelle fois...


PAT et FIS (pix Maya)

Fin du mur avec FIS (pix Maya)

Les Trois Cheminées :

Le parc se situe au niveau du n°39 de l'avenue Parallel. Ce lieu, avec ses trois cheminées, offre à nouveau un espace où le graff est autorisé...Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une fresque, mais de trois murs. Ce "spot" est connu pour avoir accueilli, pendant trois ans, le festival de Culture urbaine: Urban Funke qui réunissait musique, skate et graff.


Le gourou des Trois cheminées (pix Maya)


Vue d'ensemble sur un des trois murs (pix Maya)


Pix Maya


Hommage à Michael (pix Maya)


Pix Maya


DRAT ( pix Maya)


KENZ (pix Maya)

A côté des murs graffés, quelques stickers :

Pix Maya

En soi ce n'est pas le virus H1N1 qui s'abat sur le photograffeur..mais bien le "virus graffix" comme l'annonce la tête de mort...

Billet Syl, Pix Maya

le site del PEZ, le site de HOP LOUIE,

le myspace de TEK 13,Vidéo STOK, Site d'Urban Funke


12.10.09

PGC feat DésinVolt (interview)

Un billet un peu particulier cette semaine. Un billet qui porte plus sur une analyse que sur des photos...

Il y a quelques semaines, le PGC a reçu une demande de la directrice du magazine DésinVolt, nouveau mensuel en ligne "mode et culture", qui souhaitait publier un papier sur le graffiti. Tombée sur nos blogs à travers ses recherches, elle a souhaité recueillir nos observations sur le monde que nous shootons au quotidien. Nous avons répondu à quelques questions en témoignant des choses comme nous les ressentons, avec le regard du photograff, de celui qui n'est pas au cœur de l'action mais à sa périphérie. En l'occurrence, c'est moi, Thias, qui me suit collé à l'exercice de l'analyse, parfois avec hésitation et parfois avec ferveur...
L'idée de ce papier publié dans DésinVolt était de s'adresser à un large public, en tentant de mieux faire comprendre la culture graffiti. Le publier sur le blog PGC, c'est pour voir ce que vous en pensez...

En quelques mots pouvez-vous nous définir la philosophie des graffeurs ?
Libre, spontanée, active. Les graffeurs ont pour la plupart conscience d’agir en interaction avec la société, dans la cité. Sans forcément le formuler, ils s’attaquent tous à la question du lieu public : est-ce un espace où personne ne peut rien faire car il appartient à tous, ou est-ce un espace où chacun peut s’exprimer puisqu’il est public ?
Après, chacun le fait à sa manière. On distinguera la philosophie dite ‘vandale’ qui consiste à marquer la ville là où elle n’en veut pas, rapidement, comme un geste où l’esthétique rentre beaucoup moins en compte que la provocation sociale ; et le graffiti dit ‘légal’, qui consiste à pratiquer sur de grands murs plus ou moins tolérés (mais souvent reculés comme dans les terrains vagues ou les friches), où les graffeurs peuvent prendre le temps nécessaire pour peindre une pièce construite et travailler leur esthétique.
Si ces deux actes ne suivent pas la même philosophie, ce sont cependant deux éléments indissociables d’une même culture : les fresqueurs ont souvent appris la pratique en commençant par le vandale, et, pour certains, ces deux pratiques se poursuivent en parallèle, l’une répondant à l’autre et vice-versa.
Il faudrait ajouter une troisième logique d’intervention urbaine qui est celle du pochoir et du collage d’affiches (qu’on regroupe souvent sous le terme ‘street art’) Il s’agit également d’une démarche plastique et artistique en lien avec la ville, mais où la plupart du temps de travail se déroule à la maison ou en atelier (préparation des supports), et où les "risques" sont moins importants (amendes moins lourdes, pratique plus facilement admise par la société).


(pix Tat)

Est-ce que graffer au sein d’un crew est important ?
Généralement oui. Il y a d’ailleurs assez peu de graffeurs qui n’en ont pas. Dans le graffiti, le crew, c’est un peu comme le groupe pour la musique ou la troupe pour le théâtre. Peindre en équipe modifie à la fois la pièce posée mais également tous les moments autour. Un jour, BEPLUS, un graffeur de l’ouest parisien, nous avait fait une très belle réponse à ce sujet : "Le graffiti, ce n'est pas que de la peinture sur un mur. Ce sont des soirées à esquisser, beaucoup de marche, d'heures dans les transports, de recherche de spot, de visites, de découvertes et d'histoires. Sans parler des nuits dehors. Tout ceci est meilleur quand c'est partagé. Le graffiti finit par prendre une part tellement importante dans ta vie que les gens avec qui tu peins deviennent simplement tes meilleurs amis."

Pourquoi s’exprimer dans la rue, sur les murs… ?
Pour être vu. Pour exister librement au milieu des siens et le faire savoir. Pour ne pas laisser l’exclusivité de l’expression urbaine aux publicités et au monde marchand. Pour transformer la ville et communiquer avec ses habitants… Il s’agit d’une pratique qui cherche le contact visuel avec les gens.
Il y a également un aspect technique qui entre en jeu : pour s’exercer à peindre de grands formats, surtout si c’est à plusieurs, il faut de l’espace… Et pour peindre à la bombe aérosol, il faut également de l’air, sinon c’est irrespirable. Certains graffeurs aimeraient à juste titre disposer d’ateliers pour préparer leur travail et peindre sur toiles, mais cela ne changerait pas l’esprit de la performance publique que constitue la réalisation d’une pièce murale. Enfermé dans l’atelier, le graff couperait son rapport à la cité et y perdrait une de ses principales raisons d’être.
La notion de "lieu de graffiti" est mal comprise du grand public. Les gens ne s’aventurent pas sur les terrains et dans les entrepôts désaffectés. En dehors de quelques murs totalement imbriqués dans la ville (comme au Parc des Cormailles à Ivry, ou le mur de la rue Dénoyez à Paris), les gens ne voient que le vandale, que les tags au coin de la rue, les flops au niveau des toits et les blocks le long des voies ferrées. Mais les fresques, les persos, là où il y a de la couleur fraiche… bref, tout ce qui pourrait plaire au "grand public", se pratiquent dans un petit nombre de lieux reculés qui fonctionnent à la fois comme des musées et comme des locaux de répétition. On s’y rencontre, on y peint et on y expose.
Il y a bien quelques grandes expositions qui montrent le graffiti en ce moment, mais, quels que soient leurs qualités et leurs défauts, le graff y est enfermé entre quatre murs. On se pose aujourd'hui la question de savoir si le graff a sa place au musée, mais il faudrait peut-être d'abord se demander s'il a sa place dans la rue ! S’il y avait une volonté publique en matière d’aménagement d’espaces en plein air dédiés au graffiti, les passants pourraient alors s’apercevoir de la qualité et du talent de la scène française. D’ailleurs, dès qu’il y a une "palissade à graffer" installée temporairement, comme il y a quelques années devant le Palais de Tokyo ou aujourd’hui devant la Fondation Cartier, les gens sont agréablement étonnés par ce qu’ils voient. Au Palais de Tokyo, il y a carrément un père de famille qui venait la nuit découper des peintures pour les emporter chez lui !


(pix Thias)

Ces oeuvres sont souvent éphémères, quel impact cela a-t-il ?
Les gens qui découvrent de belles pièces et qui ne maitrisent pas les codes culturels du graffiti sont toujours étonnés, voire choqués, qu’elles puissent être recouvertes. Ils ne comprennent pas pourquoi et parlent souvent d’irrespect. Il y a de quoi car cela transgresse toutes les approches connues jusqu’à présent en matière d’art occidental, approches profondément ancrées sur le patrimoine culturel et les grandes œuvres de l’humanité.
Mais le recouvrement fait partie intégrante de la culture du graffiti. Puisqu’il n’y a pas assez de lieux, les graffeurs n’ont pas vraiment le choix de toute façon. Et puis je crois que le recouvrement existe depuis presque toujours dans le graffiti à travers l'esprit des battles entre deux gars, deux crews… Si le graffiti est considéré pour beaucoup aujourd’hui comme une discipline à part entière, il a pris racine et a été porté à bout de bras par le mouvement hip hop depuis les années 70. Dans la "tradition" hip hop, la performance veut que DJ, MC (rappeurs), breakeurs (danseurs) et graffeurs s’affrontent en contest où l’agressivité doit laisser place à la performance et au respect. Pour les graffeurs, je crois que le défi a dès le départ consisté à créer l’exploit en trouvant des endroits inaccessibles et visibles (trains, toits...) et le recouvrement signifiait que la nouvelle pièce se devait d’être meilleure que la précédente…
Maintenant, tout ça a été un peu oublié. Le recouvrement persiste et c’est naturel, mais l'éducation et le respect ont un peu disparu je crois. Dommage.

Aux personnes qui pensent que les graffeurs sont de la "mauvaise graine", que répondez-vous ?
C’est toujours pareil ! Il y a autant de cons dans le graffiti que dans la plomberie, l’immobilier ou la politique… Le problème, c’est que l’opinion publique est bourrée de clichés négatifs sur le graffiti. Aucune distinction n’est faite entre le tag et le graffiti. Rien n’est fait pour que les prods soient mises en avant. Rien n’est fait pour protéger des espaces d’expression libres… Ok, la facture du nettoyage est lourde, mais l’unique réponse apportée à tout ça depuis 20 ans reste la sanction amende + TIG. Il y a peut-être d’autres méthodes à trouver, des dispositifs plus adaptés à imaginer et à mettre en œuvre. Parce que ce sont des talents qu'on étouffe là...
C’est difficile de comprendre le traitement réservé aux graffeurs dans un pays où le spectacle a ses théâtres et scènes nationales, les arts plastiques ses musées, la musique ses conservatoires, etc.
C’est finalement sur le marché privé de l’art qu’une évolution semble s’opérer, avec des ventes aux enchères records, des galeries, des fondations et des associations qui s’investissent, etc. Même la publicité récupère des codes esthétiques venus du graffiti, ça veut bien dire qu’il y a des choses qui plaisent ! Mais pas dans la rue… Ça, non. Pas le droit ! Si on veut admettre cette culture, il faut reconnaitre son intervention dans la cité.



Un mot à dire aux élus de vos villes ?
On a créé des skate parks, des murs d’escalades, des terrains de foot, des studios de répétition… alors pourquoi pas des murs de graffiti ?
Même en lieux tolérés, un graffeur n’est jamais à l’abri du zèle d’un flic. Quand on voit un jeune de 20 ans, créatif et la tête sur les épaules, commencer sa vie d’adulte avec une dette de 4 000 euros et un casier judiciaire lui empêchant d’exercer certaines fonctions professionnelles, tout ça uniquement parce qu’il est allé s’entrainer à peindre sur la petite ceinture désaffectée de Paris…! D’abord, qu’on laisse à ceux qui le souhaitent (et ce n’est pas le cas de tous) un endroit où ils peuvent peindre sans risquer de sanctions. Ça, ce serait le minimum en terme de politique publique.
Ensuite, si une attitude volontariste existait en matière de politique culturelle, ça pourrait changer bien des choses. La scène française du graffiti recèle énormément de talents méconnus, qui craquent la plupart du temps leur maigre salaire en bombes et qui encourent des peines pour cela… Un jour, fatigués des conditions d’exercice ou quand la famille s’agrandit, ils arrêtent. Et des talents disparaissent faute d’avoir été accompagnés comme cela se fait pour les autres types de création artistique.
Il y aurait des choses à faire autour des lieux de pratique, de leur visibilité, et sur le financement des bombes. Si un élu veut s’investir dans ce chantier, il n’a qu’à réunir les graffeurs de sa ville (ceux qui ne se cachent pas) et discuter avec eux des améliorations à apporter. Au passage, il verra que ce ne sont pas des gars si méchants et pauvres d’esprit…
Cela contribuerait peut être à changer les mentalités autour de cette pratique, à créer des conditions propices pour qu’une économie se développe dans le secteur, voire à envisager que le graffiti soit intégré sous certaines formes dans la ville de demain.
Mais attention, il y a quelques précautions à prendre en matière de graffiti. D’abord, beaucoup de graffeurs, principalement ceux issus d’une logique vandale, ne veulent pas entendre parler d’accompagnement et d’autorisations. Ensuite, il ne faut surtout pas que les politiques soient dans la volonté de "faire rentrer cette culture dans le moule". Les acteurs du graffiti savent très bien qu’elle en mourrait et ne se laisseront pas faire. Il s’agit d’accompagner cette culture en comprenant sa logique, en respectant son fonctionnement et ses spécificités. Il y a toute une politique à inventer en la matière.

On aurait tendance à associer graffeur et glandeur... Quels sont leurs métiers ?
Vu que le graffiti n’est pas légal, il est compliqué de construire une économie et des revenus là-dessus. Du coup, on retrouve plusieurs grands types d’activité menée en parallèle par les graffeurs. Il y a d’abord ceux qui débutent et qui sont souvent étudiants, voire lycéens. Parmi les travailleurs, il y a de tout mais c’est assez fréquent de rencontrer des gars qui sont dans la restauration/bar, dans le graphisme ou dans la peinture de décoration. Rares sont ceux qui gagnent bien leur vie avec les toiles et leur pratique du graffiti.
Et pour répondre sur le côté glandeur, il faut savoir qu’il n’y a pas plus de chômeurs chez les graffeurs qu’ailleurs. De toute façon, au chômage, un graffeur n’aurait plus les moyens d’acheter des bombes, et là ça deviendrait un vrai big problème…



**

Si cet échange vous évoque/provoque, n'hésitez pas à venir martyriser ou abonder ces propos en laissant un commentaire... construit et argumenté si possible.
Thias

5.10.09

Dans le bec(k) du KEBE (interview)

Issu du nord-est de la banlieue parisienne, KEBE est un graffeur qui peint depuis plus de 10 ans les terrains "tranquilles" du 93 et de Paris. Cet amateur méticuleux de belles lettres, qui a longtemps posé BECK, nous a accordé une interview exclusive à l'occasion de la publication de son livre Seriae Nociva (Excessial éditions), ouvrage sur lequel il travaille depuis près de 5 ans !
En quelques réponses, KEBE nous en dit plus sur son parcours, son style et sur sa façon d'envisager le graffiti.


Seriae Nociva, le livre - (c)Excessial éditions

Depuis quand graff-tu ?
Fin '96, début '97.

Comment es-tu venu au graffiti ?
J'ai toujours été attiré par le fait de bien écrire, de soigner son écriture à l'école, de former de belles lettres uniquement au stylo plume par exemple... et ce bien avant de commencer à tagguer. Je regardais comment les lettres se formaient, les penchant d'un côté ou de l'autre, les grossissant, etc. Jusqu'au jour où je tombe dans une classe avec quatre taggueurs dedans, donc forcément...


(pix Chrixcel)


(pix Thias)

Qu'est-ce qui te plaît dans la pratique du graffiti ?
Il y a plusieurs choses. D'abord, le fait de peindre tout simplement. Physiquement j'entends. Recouvrir tel espace avec un bel aplat par exemple, je trouve ça jouissif, sans même pouvoir l'exprimer. Avec SKIZE, on parlaient du plaisir ressenti rien qu'en faisant la sous couche au rouleau... C'est inexprimable ! Le fait de faire une chose du mieux possible, de remplir tous les petits trous, de bien tout recouvrir... Le plaisir de voir une couleur tout repasser... Comme il dit, "on a des murs qui sont peints plus propre que ton salon !"
Ensuite, pouvoir faire ses trucs dans des endroits pas spécialement faits pour ça, pouvoir se défier soi-même entre guillemets, arriver n'importe où et se poser tranquille avant de repartir en ayant changé complètement le paysage.

Quels sont les moments que tu apprécies le plus ?
J'aime bien "après", quand c'est fini, que tu regardes ce qui va, ce qui ne va pas... J'aime bien placer un bon tag sur une surface bien lisse, même si ça m'arrive un peu moins... J'aime bien partir en vacances uniquement pour peindre, tu découvres plein d'endroits, tu rencontres forcément des gens... tu te fais plaisir !


(pix Thias)


(pix KEBE)

Tu préfères peindre en solo ou à plusieurs ?
Le truc, c'est que ça n'a rien à voir. J'essaie d'alterner car les deux t'apportent. Quand tu es plusieurs, tu dois t'accorder, faire des concessions... Ca demande pas mal de mises au point pour réussir à faire un truc vraiment carré et homogène. Il y a quelques groupes qui ont plus ou moins de facilité, mais il n'y en a pas beaucoup qui font des murs qui sortent de la "bande classique". Je t'avoue que ça force mon respect quand je les vois à 7, 8 faire un mur où rien ne dépasse, rien n'est en trop ou quoi que ce soit... Chapeau ! Mais ça demande beaucoup d'organisation au préalable.
Pour répondre à ta question, je pense avoir fait les meilleures choses en solo. Car c'est toi qui gère tout, qui décide tout, tes couls, ton emplacement, personne n'influe dessus. Ensuite, sur le moment, ce n'est pas la même ambiance non plus... d'où le fait d'alterner.

KEBE, IMAGE, STAR, GRIN (UNO crew)

(pix Thias)

Comment qualifierais-tu ton style de graff ?
Question difficile... J'essaie de changer donc je ne pense pas avoir un style immédiatement reconnaissable. Ou alors au niveau du "trait".
Comme tout le monde, je suis passé par plusieurs phases avec des objectifs différents. Donc j'ai travaillé par à-coups, les lettrages, ensuite les couls, ensuite le tout. Périodes différentes, donc peintures différentes. Un moment j'essayais, je dis bien j'essayais, de complètement changer le lettrage à chaque fois. Chaque lettre en elle-même plus que le style. Maintenant, je fais durer le lettrage 5, 6, 7, 8 fois, je l'améliore et ensuite je change complètement.
Encore une fois, il y a des éléments, des phases qui reviennent mais je pense que c'est assez varié dans l'ensemble. En tout cas, c'est un des buts. Donc en ce moment, je dirais que j'ai un style... un peu lettré, pointu, légèrement 3d calligraphié sur les bords... (rires). Bref, un mélange de plusieurs choses en fait.


(pix KEBE)

Quand même, on reconnaît la patte KEBE, notamment cette touche calligraphiée...
Ok, je pense qu'il y a quand même "une patte" et que la calligraphie ressort naturellement... Mais le truc, c'est que les travaux sur papier et sur mur sont tellement différents. Disons que, sur le mur, j'aurais tendance à ne pas distinguer vraiment cette petite touche calligraphique car elle se perd dans la masse. C'est beaucoup moins fin et délicat que sur une feuille de papier, donc j'ai du mal à me rendre compte de l'impact final en fait.

Comment évolue ta "patte" au fil du temps ?
Difficilement ! Ou plutôt doucement, mais elle évolue et c'est déjà ça. Je dis souvent de regarder seulement un an avant en fait. A la même date, tu regardes ta photo. Généralement, c'est flagrant l'évolution quand même, propreté, tenue du lettrage et de l'ensemble...



(pix Tat, Chrixcel, Thias)

Quelles sont tes sources d'inspiration et tes influences artistiques ?
Je regarde beaucoup de choses... Tout me tombe sous les yeux et forcément m'influence inconsciemment. Toutes les couleurs et associations que tu peux trouver n'importe où. De la vitrine de magasin aux vêtements que tu portes, la façon dont c'est agencé chez toi... Tout influe sur toi. Je ne copie jamais rien et j'essaie toujours de partir de zéro quand je fais une image, alors ça passe forcément par mon inconscient, par l'humeur dans laquelle je me trouve, la musique que j'écoute à cet instant, etc.

Comment choisis-tu tes spots ? Plutôt terrain, rue, friche, tunnel, train, toit...
En ce moment, c'est plutôt le terrain tranquille. Celui où je peux arriver avec tout mon barda et faire un truc TRANQUILLE. J'aspire à la tranquillité...




(pix Thias, Chrixcel, Tat)

As-tu déjà eu des ennuis avec la police ?
Forcément, l'un ne va pas sans l'autre comme dirait... l'autre !

Souhaiterais-tu que le graff soit plus toléré ?
Comme ça, c'est bien. Enfin, tout est relatif. Plus toléré, ça veut dire quoi ? Comme en Allemagne ou en Espagne ? Plus de facilité entre guillemets, mais quand même des mecs qui se font serrer donc ça reste ambigu. De toute façon, en France, c'est impossible, c'est fini maintenant. Á l'heure actuelle, il y a de plus en plus de focalisations sur ce mouvement, il y a des expos organisées, d'autres événements comme l'histoire du Thalys. C'est très ambigu, très contradictoire et délicat tout ça. Chacun a sa propre vision du truc. Soit on défend le côté authentique de la chose, soit, au contraire, on trouve ça bien qu'il soit un peu plus "apprécié" par la masse. Encore une fois l'un ne va pas sans l'autre. Chaque mouvement qui prend de l'ampleur regroupe, jours après jours, de plus en plus d'adeptes. C'est inévitable. Après, libre à toi de ne pas parler à n'importe qui. Les aficionados du "graffiti original" ne devraient pas se soucier du fait qu'il y ait plein de "minots" qui peignent puisqu'eux-mêmes peuvent encore et toujours faire ce qu'ils veulent.
Ensuite, c'est clair que les expos que j'ai en tête ne sont pas spécialement bien organisées et le coup du Thalys, j'ai bien bloqué quand même. C’est honteux comme initiative. C'est encore pire qu'honteux, c'est culotté d'une force... Une société de chemin de fer n’organise pas un événement où un train se fait peindre ! Pour moi, ça va trop loin dans la contradiction.

KEBE, STAR

(pix STAR)

Quels sont tes rapports au monde du graffiti ?
J’en suis acteur tout simplement. J'évolue dedans à mon rythme, envers et contre tous peu importe. J'essaie de rester dans mon coin, de faire mon truc sans trop me soucier de ce qui se passe à côté. Je te montre du respect si tu m'en montres... voilà. Je peins vraiment en toute humilité, après tu aimes, tu n'aimes pas...

Qu'est-ce que tu penses de la scène graffiti en France ?
Techniquement, il y a beaucoup beaucoup de gars qui sont très forts. C'est déjà ça.

KEBE, STAR

(pix Thias)

En dehors du graffiti, est-ce que le dessin et/ou le graphisme occupent une part importante dans ta vie ?
Le dessin oui, obligatoirement. Je ne crois pas trop au freestyle permanent. J'ai besoin de chercher sur papier afin d'avoir une bonne base, sinon c'est mort. Je dois me préparer sur papier longuement avant toute chose. Une fois que j'ai ma base, c'est bon, je peux rajouter des parties directement sur le mur, associer les couls, etc...

Sur quels projets es-tu en ce moment ?
En ce moment, c'est assez chargé. On a enfin sorti mon premier livre, Seriae Nociva, le 9 septembre dernier, qui est le résultat de 5 années de travail. Seriae Nociva est un beau livre de "calligraphie-design-peinture-graphisme". Il est à la frontière de plusieurs domaines, ce qui donne un contenu assez original au final. En tout cas, c'est ce que l'on voulait : un 168 pages haut- en-couleurs comprenant 9 Séries à thèmes, principalement réalisées à l'encre sur papier.


Seriae Nociva, le livre - (c)Excessial éditions

Qu'est-ce que raconte ce livre ?
C'est en gros une transcription "papier" des différentes étapes, rencontres, humeurs... qui remplissent la vie de tout être humain. C'est assez varié et complet, on passe du gros dégradé de couleurs au calme plat noir sur blanc. C'était vraiment une très grosse entreprise et on est contents, soulagés même, de voir enfin le résultat. Surtout qu'il correspond à ce que j'avais dans la tête.

Une partie du livre a été réalisée avec des invités prestigieux...
Parmi les neuf chapitres, il y a une Série avec des invités comme L'Atlas, Moon, Graphic Surgery, Amélie Lengrand... des gens vraiment différents les uns des autres. Ce qui nous donne encore une fois des images inédites à l'accent original.

Et où peut-on trouver Seriae Nociva ?
Le livre est disponible dans les grandes librairies parisiennes pour le moment, ainsi que sur le site Excessial.com en édition limitée et signé ! J’encourage quiconque à supporter le circuit indépendant, que ce soit dans la musique, le vestimentaire ou, en l’occurrence, dans l’édition.


Seriae Nociva, le livre - (c)Excessial éditions

Pour finir, décris-nous ton mur idéal ?
6 mètres de long, sur 2,50 de haut. Légèrement crépité. Je me pose tout seul en laissant 50 à 60 cm de marge sur les cotés.

Dédicaces
Merci à toi pour ton intérêt, Juliette GrïnGrïn StarMDC Image MTS/Aero Swone Boek Efas Jan Perle Cast Jeka Kemar Souri Parks Excessial 999


(pix Chrixcel)


(pix Tat)


(pix Chrixcel)


(pix Thias)


(pix Thias, KEBE)


(pix KEBE)


(pix Tat)

Propos recueillis par Thias
Pix by Tat, Chrixcel, Thias et KEBE
Le MySpace de KEBE et son Fotolog