20.1.11

De la rue aux salles obscures... JR à l'affiche

JR en action (Pix Tat)
C’est la rue qui a donné un coup de pousse à cet ancien taggeur en lui offrant un trésor perdu : un appareil photo… En acceptant ce cadeau, JR devenait alors son serviteur : il devait la parer des plus belles images et surtout montrer au monde entier qu’elle avait des yeux et qu’elle était loin d’être muette…

Le PGC avait déjà suivi les projets de JR (voir billet), « Portrait d’une génération » et « Face 2 Face ». Voici le troisième volet de son travail : « Women are heroes »…

Collage de JR lors de la Nuit Blanche 2009 (Pix Mouarf)

Le projet

En 2008, le projet «Women are heroes» débute. « Un projet dans lequel il souligne la dignité des femmes qui sont souvent les cibles de conflits » (site de JR). Il se rend alors à Sierra Leone, au Libéria, au Soudan, en Inde, au Cambodge mais aussi dans le bidonville de Kibéra au Kenya et au cœur de la favela Morro da Providencia au Brésil.

JR immortalise ces femmes puis « tire de très grands formats de ces portraits et les colle sur leurs lieux de vie: murs, toits, sols, ponts, camions, trains, ou bus sont recouverts de ces portraits géants, et portent à la vue de la population locale le regard si expressif de ces femmes. » (Présentation du projet). Il recouvre alors de papier la favela de Providencia ou de bâches plastifiées les toits de Kibéra. Ce sont les villes toutes entières qui ont participé aux collages de ces portraits. Une image fort symbolique de toute une communauté qui soutient ses femmes…

Des expositions…
Ces lieux ont souvent été l’objet d’articles traitant de la violence et de la pauvreté, mais aucun message d’espoir. L’artiste n’a pas seulement voulu recouvrir les foyers de ces personnes avec le portrait de leurs habitantes, il a organisé des expositions in situ ouvrant les portes de ces lieux au monde extérieur.
L’objectif était aussi de faire voyager l’histoire de ces femmes et de sensibiliser les occidentaux. Les portraits sont alors affichés dans les rues de Bruxelles, Londres et Paris.

A Paris
Lors de la Nuit Blanche 2009, sur plus de 700 mètres de long, JR a recouvert les murs de l’île Saint Louis de ces regards immortalisés tout autour du monde.

L'Ile Saint Louis (Pix Thias)

Pix Tat

Pix Tat

Pix Mouarf
Comme l’explique JR cela représentait « pas moins de 6 km de bande de papier, que nous collons au millimètre près, en jouant avec les accidents de la pierre pour exposer au mieux les photos ». (article le Parisien)

et 1 km de papier...(Pix Tat)
...2 km de papier (Pix Tat)
Les échaffaudages (Pix Mouarf)

Les échaffaudages (Pix Tat)

Pix Tat

Cutter en main, JR et son équipe s'adaptent au support...

Les pierres du l'île Saint Louis (Pix Mouarf)

Détail (Pix Tat)
Pas moins de quarante bénévoles sont venus mettre la main à la patte « C'est de l'art collectif, assure-t-il, en mettant en avant ses amis, collaborateurs, stagiaires. Ils viennent pour quelques heures, une journée ou plusieurs semaines. Des gens du quartier se proposent aussi de nous aider.  » (Article Le Parisien).

Potion magique...(Pix Tat)

Pix Tat

Pix Tat

Les bénévoles (Pix Mouarf)

Pix Mouarf

Pix Tat

Pix Mouarf

Pix Tat

Pix Tat

Pix Tat

Pix Tat
Les collages ont fait voyager 70 femmes à travers des portraits en noir et blanc réalisés en Inde, au Cambodge, au Kenya, au Brésil...

Pix Thias

Pix Thias
Pix Tat


Pix Tat

Pix Tat

Pix Tat

Pix Mouarf
Pix Thias

Pix Thias
Les collages ont fait parler les murs… La particularité de l’exposition était la présence de « street audioguide » accessible gratuitement à toute personne possédant un téléphone portable. Il était ainsi possible de rentrer dans l’intimité de ces femmes en écoutant leurs histoires.
 
Soutenu par la mairie du IVe arrondissement, le projet n’a pas été si simplement accepté. « Il a fallu convaincre la Ville, la Préfecture de police, effectuer des tests pour s'assurer qu'il n'y aurait pas d'effets néfastes pour la pierre à cause de la colle ou de l'eau lors du nettoyage. » (article le parisien).
Au final, le projet a fait réagir le public : certains étaient émerveillés d’autres étaient moins enthousiastes. JR a immortalisé cet événement à travers une vidéo qui dévoile l’immensité du travail mais aussi les regards des badauds….
Pix Thias

Pix Thias
Pix Tat

Pix Tat

Pix Thias



Puis naturellement, la parure murale s’est enlevée…


Pix Tat
Pix Tat

Pix Tat

Pix Tat
Pix Tat

Pix Tat

Décorateur des villes
Un projet aux mesures de la ville  et qui s’adapte à ses murs... Les collages de JR, montre bien que la rue est la galerie de l’artiste. L’an dernier, il était ainsi invité aux conférences "Art [espace] public" organisé à la Sorbonne. Sous une rencontre intitulée "Un monde qui nous regarde", JR avait expliqué son projet et sa démarche à la fois politique, sociale mais aussi artistique.

Pix Thias

Pix Tat

Le PGC était présent et a pu écouter son discours qui dévoile toute la force de son projet. Le dossier documentaire  retrace cette rencontre avec l’artiste et apporte de nombreuses informations sur son travail.

JR à la Sorbonne, avec en fond des photos du projet "Face2Face" (Pix Thias)

Pix Thias

Dans les salles obscures
Le long métrage était une des particularités du projet. Une sorte de bouquet final à portée internationale.
Pour JR, « L’idée de passer au film, elle a toujours existé (…), ça permet d’un coup de rentrer derrière l’image ». Il ajoute « passer derrière l’image c’est découvrir toute la force du projet » (entretien Médiapart )
Ce film n’avait pas pour objectif de le mettre en avant bien au contraire « Il ya eu des films fait sur mon travail mais au final les réalisateurs me suivaient moi en tant qu’artiste au milieu de ces contextes. Et ce film là, je l’ai réalisé justement pour ne pas être dedans, ce n’est pas un making off, (..) c’est un film où je n’existe pas dedans ni l’équipe d’ailleurs. Il est vraiment centré sur les gens, les gens dans la rue ». En effet, aucune image ne le dévoile dans le film. On peut juste reconnaitre sa voix qui interroge un habitant de Kibéra.

Pour JR, «Women are heroes» [lui] a permis de tenir la promesse qu'[il] a faite aux femmes qui ont participé à [s]on projet, consistant à raconter leur histoire partout dans le monde. C’est ce qu’elles m’ont demandé dans le bidonville de Kibéra et dans la favela de Morro da Providencia. ». (dossier de presse du film)

Affiche du film

Financement
Une des particularités de JR, et il le proclame à maintes reprises en écho à ses détracteurs, c’est l’autofinancement de ses projets. L’argent qu’il gagne avec la vente de ses photos (pour certaines à plus de 30 000 $ lors d'une vente à New York), il le réinvestit dans ses projets. Ce qui lui a permis de financer le projet de l’île St Louis qui s’élevait à 130 000 euros (source Le Parisien).

Comme le souligne le générique du film, ces projets ne sont sponsorisés par aucune marque. Pour la réalisation du documentaire, de nombreuses coproductions ont permis son financement (le budget du film s’élèverait à 800 000 euros). Mais, il faut tout de même préciser qu’il a failli ne pas voir le jour. C’est sa nomination au festival de Cannes (Semaine de la critique) qui à permis à "Women are heroes" de faire revenir un des coproducteurs qui s’était retiré du projet. JR se souvient : « Et à un moment, un des coproducteurs c’est retiré et on était vraiment au bord du gouffre par ce qu’il manquait une grosse somme. Et pour moi il était clair, que vu que c’était seulement une marque qui était prête à mettre cet argent (...) pour moi j’ai préféré qu’il n’existe pas plutôt qu’avec un logo à la fin ou au début. C’est essentiel pour la manière dont les gens vont percevoir le message de ce film et du projet. Et ce qui nous a sauvé, c’est qu’au moment où tout tombait, le film a été sélectionné à Cannes et les autres coproducteurs sont revenus dans la partie et on a pu terminer le film » (entretien Médiapart).

Mais, d’un point de vue tout simplement graffiti et street art, la médiatisation du travail de JR apporte il un changement dans les consciences ou est ce juste un effet de mode ? 
Un changement dans les consciences… pas totalement comme le montre encore certain regard négatif sur les collages de l’île Saint-Louis dans la vidéo de la Nuit Blanche, mais une légère avancée avec notamment les démarches de la mairie pour soutenir ce projet ou encore le fait qu’un colleur d’affiche, comme aime ce qualifier JR, reçoit le TED prize. En effet, après Bill Clinton ou encore Bono, c’est JR qui a été récompensé en tant que personnalité ayant marqué l’année 2011 par son implication dans "la technologie, le divertissement et le design". Le lauréat reçoit 100.000 dollars, et a pour mission de réaliser un projet caritatif. Ce prix ne va pas changer les démarches de l’artiste qui le jour où il a reçu ce prix se « faisait arrêter par les autorités chinoises à Shanghai pour avoir placardé des photos sans autorisation ». (source Clarkmagazine et NewYork Times). Nous attendrons le mois de mars pour connaitre le "vœu" de l'artiste...

Avec "Women are heroes", il en vient aussi à poser notre regard sur la place actuelle du graff et du street art dans les salles obscures. Depuis un an, on a pu voir trois longs métrages à l’affiche."Whole Train", qui à trouvé, au bout de deux ans, un distributeur pour diffuser son film dans les salles françaises, mais aussi "Faire le Mur "de Banksy et "Women are heroes". Même si ces films ne restent pas longtemps à l'affiche (deux semaines pour "Whole Train") et même si ce sont bien plus les têtes d'affiches (Banksy et JR) que le graff ou le street art qui attirent l'industrie cinématographique, on espère croire que des producteurs et des distributeurs seront de plus en plus intéresses à soutenir des projets liés à cet art.


Billet Syl, Pix Tat, Mouarf et Thias
Site de JR
Entretien Médiapart

4 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est beau la vie

Anonyme a dit…

toujours aussi beau vos reportage photo

neur hpc tuc

deeb ki fait des essais a dit…

Merveilleux reportage. Revoir longtemps après (tt va si vite)ces moments magiques et forts est un plaisir somptueux.

suplaibe a dit…

Trop fort ce JR. Très bonne idée ce billet, bravo le PGC
Je trouve son travail très émouvant, autant à la conférence que lors de son film en salle il arrive toujours à m'arracher la larmichette :)